Inauguration du bâtiment de Chirolaba

Lorsqu’a été lancé notre programme de parrainage en 2021, un partenariat a été passé avec l’école secondaire de Chirolaba. En échange de l’accueil de 10 étudiants de Sona chaque année et par niveau scolaire (grade 9 à 12), l’école de Chirolaba a mis à notre disposition une large portion de son terrain pour que nous puissions y construire les bâtiments pour accueillir nos quelques 40 pensionnaires, dortoirs, cuisine, salle commune, chambre du personnel, etc. Moyennant quoi nous nous étions engagés à aider l’école à améliorer autant que possible les conditions d’accueil des 1400 élèves qui la fréquentent. Le temps de réunir les fonds et d’élaborer le projet, c’est en 2024 que les travaux débutent pour une réalisation ambitieuse.

De nouvelles salles de classe pour l’école de Chirolaba

L’effectif important des élèves de l’école de Chirolaba a rapidement dépassé ses capacités d’accueil. Aussi, nous nous sommes orientés, en concertation avec la direction de l’école et les autorités administratives de l’éducation, vers la construction de 4 salles de classe supplémentaires pour ramener la présence des élèves à une cinquantaine par classe et leur redonner ainsi des conditions de travail correctes. Pour répondre à la demande plus particulière des enseignants, des sanitaires (photo ci-contre) ont été également construits à proximité de nos bâtiments (les autres sont à l’autre bout du terrain) pour eux, mais aussi pour nos 40 parrainés..

Une fort belle inauguration

Depuis 2020, l’Éthiopie connait des temps troublés et des conflits dont les victimes se comptent au minimum en dizaines de milliers (voir notre résumé de la situation politique en Éthiopie en fin d’article). Dans cet océan de malheurs, où les enfants sont bien souvent les premières victimes, notre combat pour l’éducation et le développement résonne comme une clameur d’espoir. Près de 100 personnes, dont les autorités locales administratives et élues, sont venues célébrer la mise en service du bloc de 4 nouvelles salles de classe entourées des élèves et de leurs enseignants en liesse. Une belle cérémonie organisée par Mihret et son équipe locale de la Fondation, Agere et Baye. Asnake, Andualhem et leur équipe ont été également mis à l’honneur pour la qualité de leur travail. Nous aurions naturellement souhaité y participer, mais malheureusement, les conditions sécuritaires sont bien trop incertaines pour que nous envisagions le voyage sans risque pour notre équipe et la Fondation.

 

A propos du projet

Lire ou relire la description du projet de salles de classe pour l’école de Chirolaba. Ce projet a bénéficié d’un budget de 120’000.- CHF.

La situation politique en Éthiopie depuis 2015 et la création de la Fondation : entre réformes, conflits et instabilité

l’Éthiopie, une puissance régionale en mutation

Depuis 2015, l’Éthiopie a connu des bouleversements politiques majeurs, marqués par des réformes démocratiques, des conflits internes et des tensions régionales. Deux périodes clés structurent cette évolution :
1. Le déclin du régime du Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (FDRPE, 2015-2018)
2. L’ère Abiy Ahmed (depuis 2018) : espoirs démocratiques, guerre du Tigré et défis persistants

1. 2015-2018 : la fin du système FDRPE et les prémices de la crise

Un régime autoritaire contesté
Depuis 1991, l’Éthiopie était dirigée par une coalition dominée par le FDRPE, alliant plusieurs partis ethnorégionaux (TPLF pour le Tigré, OPDO pour l’Oromia, etc.). Ce système, répressif, mais stable, a permis une croissance économique rapide, mais a aussi alimenté des frustrations :
– Autoritarisme : censure, arrestations d’opposants (partis comme « Medrek » ou « Ginbot 7 »).
– Inégalités ethniques : le TPLF (minorité tigréenne, 6 % de la population) contrôlait l’armée et les services de renseignement, suscitant des ressentiments.

La révolte oromo (2015-2016) et amhara (2016-2018)

– 2015 : des manifestations éclatent en Oromia contre un projet d’extension d’Addis-Abeba (accusé d’exproprier des fermiers oromos). La répression fait des centaines de morts.
– 2016 : le mouvement s’étend aux Amharas, qui dénoncent leur marginalisation politique. L’état d’urgence est déclaré en 2016, puis en 2018.
– 2018 : sous la pression, le Premier ministre Hailemariam Desalegn démissionne.

2. 2018-2020 : l’arrivée d’Abiy Ahmed et l’espérance démocratique

Abiy Ahmed, un réformateur charismatique
En avril 2018, Abiy Ahmed (OPDO, oromo) devient Premier ministre. Il lance des réformes spectaculaires :
– Libéralisation politique : libération de prisonniers (journalistes, opposants), légalisation de partis interdits.
– Paix avec l’Érythrée (prix Nobel de la paix en 2019).
– Économie : ouverture partielle à des privatisations (Ethio Telecom, Ethiopian Airlines).

Les limites des réformes
– Violences interethniques : la fin de la répression étatique libère des conflits locaux (Oromias vs Somalis, Amharas vs Qemant).
– Fractures au sein du pouvoir : le TPLF, écarté, accuse Abiy de centraliser le pouvoir.

3. 2020-2022 : la guerre du Tigré et la crise humanitaire

Le conflit avec le TPLF
– Novembre 2020 : Abiy envoie l’armée fédérale au Tigré après des attaques de bases militaires par le TPLF.
– Atrocités et famine : massacres (comme à Mai Kadra), blocus humanitaire, viols systématiques.
– Extension régionale : le TPLF s’allie à l’Armée de libération oromo (OLA), menaçant Addis-Abeba fin 2021.

Retournement de situation (2022)
– Mars 2022 : trêve humanitaire sous pression internationale.
– Novembre 2022 : accord de paix à Pretoria, mais des milices amharas continuent de combattre au Tigré.

4. Depuis 2023 : une paix fragile et de nouveaux défis

Une sortie de guerre difficile
– Désarmement du TPLF : lent et incomplet.
– Crise humanitaire persistante : 20 millions de personnes ont besoin d’aide (ONU).

Tensions persistantes
– Conflits en Oromia et Amhara :
– L’OLA (faction radicale oromo) mène une insurrection.
– Les milices *Fano* (amharas) se rebellent contre le désarmement imposé par Addis-Abeba (2023-2024).
– Menaces sécessionnistes : des groupes wolayta ou sidama réclament plus d’autonomie.

Abiy Ahmed affaibli
– Élections de 2021 : boycottées au Tigré, victoire contestée du Parti de la prospérité.
– Dépendance aux partenaires étrangers : Turquie, Émirats, Chine.

Conclusion : une transition politique inachevée

L’Éthiopie reste à un carrefour :
– Si la paix au Tigré tient, le pays pourrait se reconstruire.
– Mais les fractures ethniques, les accusations d’autoritarisme croissant envers Abiy et les crises économiques (inflation, dette) menacent la stabilité.

Avec 120 millions d’habitants et une position stratégique dans la Corne de l’Afrique, l’avenir de l’Éthiopie pèse sur toute la région.